FILIATION

En 1994, Marie-Claire REIGNER fut touchée par le Shivaïsme du Cachemire tel que transmis par Éric BARET, élève de Jean KLEIN depuis les années 70. Plus connu comme maître védantique, ce dernier reçut néanmoins la transmission de l’approche cachemirienne de Dibianandapuri, ascète résidant à Puri.

De retour en occident la démarche inclusive du tantrisme cachemirien lui parut la plus pédagogique à transmettre, particulièrement à travers ce qu’il nommait modestement « l’approche corporelle ». Au début des années 2000, Éric Baret demanda à Marie Claire Reigner d’enseigner et de l‘assister lors de ses stages.

 Extrait du livre « Corps de silence » d’Éric Baret aux Editions Almora.
« Nous surimposons constamment un schéma cérébral à la notion de corps. Ce schéma est une réaction créée progressivement depuis notre enfance. Ces groupes de tensions ont généré ce que nous ressentons comme corps. Cette sensation atrophiée et défensive est soutenue par l’image, par l’idée, d’être une personne et son cortège d’affirmations. Dans le monde sensoriel, les différentes défenses rencontrées lors de l’exploration corporelle correspondent aux pouvoirs limitants de l’obscurcissement kañchuka, mâyâ. Dans un premier temps, la pratique vise à rendre conscient de l’étendue de la réactivité corporelle. On observe combien résistance, tension et agressivité, nées de l’habitude de se prendre pour l’acteur, se sont installées. Cette prise de conscience, observation sans attente, amorce le déconditionnement. »

 Jean Klein est né le 19 octobre 1912 à Berlin et mort le 22 février 1998 à Santa Barbara. Musicologue et de formation médicale, Jean Klein pressentit depuis très jeune l’appel de l’inconditionné. Après la seconde guerre mondiale il fut invité en Inde pour des concerts de violon. A travers l’exploration de l’art, il rencontra un maître de sanskrit qui devait devenir son gourou. A travers l’étude de la Mandukya Upanishad, il réalisa avec son maître védantin l’essence de la tradition . La pratique du yoga comme aide au questionnement intérieur était présente dans cet enseignement. Quelques années plus tard il fit la connaissance d’un yogi cachemirien qui l’initia à la subtilité de sa démarche. De retour en Occident, l’approche cachemirienne lui parut la plus pédagogique. Ainsi commença son enseignement de cette approche comme outil d’exploration de nos mécanismes internes en Europe et en Amérique du nord.

Entretien avec Jean Klein extrait de « Qui suis-je ? La quête du sacré » de Jean Klein aux Editions Albin Michel

Quel est l’outil que l’on utilise dans cette approche ?

C’est une « écoute » profonde, libre d’interférence mentale. Grâce à cette écoute les couches subtiles paralysées de l’énergie corporelle peuvent se déployer. En travaillant par l’écoute sans volonté ou but à atteindre, le corps trouve son état originel de légèreté, d’expansion, de transparence et l’harmonisation naturelle de l’énergie.
En travaillant avec le corps dilaté, on parvient au mental dilaté. Le corps-mental dilaté est le seuil de notre réel, la conscience sans objet. Au début il semble que l’accent soit mis sur le corps, mais à la fin l’accent est mis sur l’écoute elle-même – qui est réceptivité, ouverture, notre nature véritable dans laquelle le corps et le mental existent.

Que voulez-vous dire par « sensation corporelle » ?

Ce que vous appelez votre corps n’est qu’une enveloppe dans laquelle vit un corps subtil. Ce corps intérieur est une énergie subtile, la force vitale qui soutient le corps physique. Toute notre sensibilité dépend de cette force vitale.

De manière paradoxale, bien que le corps subtil réside dans le corps physique, il rayonne au-delà de lui et rencontre l’environnement. Ainsi le corps dans sa totalité a une extension bien plus grande que ce que l’on croit en général. Comme le corps physique est au cours de votre vie de plus en plus conditionné par l’effort, il devient un nœud de tensions et de contractions qui paralyse l’expression du corps subtil. Son rayonnement est gêné et le corps physique est coupé de son environnement. Lorsque cette force vitale est obstruée, il y a un vieillissement prématuré du corps physique qui se manifeste d’abord par une diminution de la sensibilité et de l’énergie. Dans le corps naturel en bonne santé chaque cellule est pénétrée par la vie.
Notre approche est donc de ramener l’énergie corporelle à sa pleine expression, comme c’est le cas dans la petite enfance. En étant conscient de cela, elle retrouve un fonctionnement complet.

Donc, la première chose que nous faisons dans notre travail corporel est d’éveiller le corps énergétique, d’en faire un objet de conscience. Cette énergie est ressentie, c’est une sensation. C’est cela que je nomme sensation corporelle. Lorsque la sensation de l’énergie est pleinement vivante, elle amène une modification de la structure physique. Toute autre tentative de changer le corps provient de la volonté, du mental et c’est une violence. Dans tout mouvement c’est le corps énergétique, le corps vital, qui bouge et qui entraine le corps physique. L’accent dans notre enseignement à ce niveau n’est donc pas mis sur la posture ou sur la structure physique, mais sur cette sensation corporelle. Lorsque le corps vital est éveillé, toute la structure musculaire est détendue et une réorchestration de l’énergie s’effectue. Chaque sens n’est plus limité à son organe physique mais s’étend au corps entier. Dans cette sensation globale tous les sens participent. Le fait d’être dans l’expansion vous mène automatiquement au-delà de l’idée d’être une entité séparée. Le travail corporel est une façon de vous amener à l’union avec tous les êtres.

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